À deux reprises, le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, s'est prononcé sur le remaniement gouvernemental. La première fois, il a affirmé qu'il ne céderait pas aux pressions exercées sur les réseaux sociaux pour limoger un membre de son gouvernement. La seconde, il a annoncé que la ministre de l'Eau et de l'Assainissement conserverait son poste, sans même avoir besoin d'être évaluée. Deux déclarations qui ont fait réagir, notamment sur Facebook, où les critiques à l'encontre de certains membres du gouvernement se multiplient.
La première déclaration intervient dans le contexte de l'affaire des onze ressortissants chinois sortis irrégulièrement de prison. Interrogé par un journaliste sur la présence au gouvernement d'une personnalité citée dans une affaire controversée, le chef de l'État a répondu qu'il ne prendrait pas de décision sous la pression de Facebook. Il a rappelé qu'une enquête était en cours et qu'il n'entendait pas procéder à un remplacement sur la seule base des accusations relayées sur les réseaux sociaux.
Cette affaire concerne notamment la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, dont le nom a été cité par Mohamed Razafiberiso, secrétaire général du syndicat de l'administration pénitentiaire, présenté comme l'un des principaux mis en cause et qui se trouve actuellement à Dubaï. Dans des déclarations diffusées sur les réseaux sociaux, ce dernier accuse la ministre de lui avoir donné des instructions concernant la sortie des détenus, avant de se désolidariser de lui lorsque l'affaire a éclaté. La ministre rejette ces accusations et met en cause l'existence d'un réseau impliqué dans ces opérations. Les responsabilités de chacun restent à déterminer par la justice.
La seconde déclaration du président concerne directement la ministre de l'Eau et de l'Assainissement. Lors d'un événement consacré à l'approvisionnement en eau dans la capitale, Michaël Randrianirina n'a pas tari d'éloges à son égard. Il a annoncé qu'elle ne serait pas concernée par le remaniement et qu'elle n'aurait même pas besoin de passer par une évaluation pour être reconduite. Une assurance publique qui tranche avec les incertitudes entourant l'avenir des autres membres du gouvernement.
Les propos du chef de l'État sur les réseaux sociaux ont suscité de nombreuses réactions. Des internautes rappellent que plusieurs dirigeants de l'ancien régime avaient également minimisé l'importance des critiques exprimées sur Facebook. Certains citent notamment Andry Rajoelina et plusieurs de ses ministres, dont les décisions avaient provoqué de vives contestations avant la chute de leur régime.
D'autres rappellent au président les circonstances de son arrivée au pouvoir. Les manifestations du 25 septembre, qui ont contribué au renversement d'Andry Rajoelina, avaient été largement relayées et soutenues sur les réseaux sociaux. Facebook avait notamment servi à diffuser les revendications, à mobiliser les manifestants et à faire circuler les informations. Pour ces internautes, le chef de l'État ne devrait pas sous-estimer un espace d'expression qui a joué un rôle important dans les événements ayant précédé son accession au pouvoir.
L'épisode de la statue de Philibert Tsiranana à Antsohihy est également revenu dans les commentaires. Inaugurée par Michaël Randrianirina le 14 octobre, la nouvelle statue avait déclenché une avalanche de critiques en raison de son apparence. Elle avait finalement été retirée et remise à sa place. Un précédent que certains internautes évoquent pour rappeler que les réactions sur les réseaux sociaux peuvent aussi peser sur les décisions des autorités.
-----
